Pourquoi l’astronomie est importante en temps de crise

galaxie

Dans une situation d’urgence internationale comme nous connaissons actuellement, nous pouvons nous attendre √† ce que la science des √©toiles soit la derni√®re chose √† laquelle les gens se pr√©occupent. Les probl√®mes auxquels sont confront√©s les individus et les gouvernements sont infiniment plus pressants que les √©v√©nements qui se d√©roulent dans les profondeurs de l’espace. Les gens subissent des √©preuves sans pr√©c√©dent.

Pourtant, tout au long de l’histoire, l’astronomie a fait preuve d’une extraordinaire r√©silience en temps de crise et a conserv√© le soutien de l’opinion publique. Cette r√©silience sera n√©cessaire alors qu’un grand projet international, le Square Kilometre Array (SKA), est sur le point d’√™tre construit.

Le SKA sera le plus grand radiot√©lescope du monde, et l’Australie jouera un r√īle de premier plan dans sa construction et son exploitation. La France participe notamment au projet. Comment ce projet peut-il profiter √† une nation qui s’efforce de contenir une pand√©mie mondiale ?

Le projet SKA

Des temps troublés

L’histoire montre que la science des √©toiles n’est pas √©trang√®re aux crises. En effet, l’astronomie moderne est n√©e √† une √©poque de conflit profond, lorsque les provinces du nord des Pays-Bas √©taient engag√©es dans de difficiles n√©gociations avec l’Espagne apr√®s 40 ans de guerre.

En 1608, le tout jeune t√©lescope est sorti de l’ombre entre les mains des fabricants de lunettes n√©erlandais, et ses possibilit√©s pour l’astronomie ont √©t√© reconnues. Lorsque la nouvelle de cette nouveaut√© optique parvint √† Galileo Galilei √† Padoue en mai suivant, il entreprit de l’am√©liorer – et le reste appartient √† l’histoire.

Au tournant du XXe si√®cle, l’infrastructure astronomique √©tait devenue une grosse affaire, mais deux guerres mondiales ont caus√© des perturbations majeures. Les propositions de nouveaux t√©lescopes ont √©t√© mises en veilleuse, les fabricants se tournant vers les viseurs, les t√©l√©m√®tres, les jumelles et autres ¬ę¬†√©quipements optiques¬ę¬†.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une soci√©t√© britannique a enterr√© le miroir de 1,5 tonne d’un nouveau t√©lescope sud-africain dans un champ pour √©viter les dommages √©ventuels caus√©s par les bombes. Bien que la livraison du miroir ait √©t√© retard√©e jusqu’en 1948, le t√©lescope a √©t√© un succ√®s et est toujours en service aujourd’hui.

De m√™me, aux √Čtats-Unis, le miroir de 200 pouces (5,1 m√®tres) de ce qui devait √™tre le plus grand t√©lescope du monde √† l’√©poque, au Mont Palomar, en Californie, a √©t√© coul√© en d√©cembre 1934, mais l’ach√®vement de l’instrument a √©t√© retard√© jusqu’en 1949. Bien qu’il ne soit plus le plus grand du monde, le t√©lescope Palomar reste parmi les plus performants.

Astronomie et COVID-19

Bien qu’elle ne soit gu√®re comparable √† une guerre mondiale, la crise actuelle constitue une urgence de grande ampleur, et il est important de mettre en perspective un projet tel que le Square Kilometre Array (SKA).

Une fois termin√©, le t√©lescope fournira aux radioastronomes l’installation la plus grande et la plus avanc√©e dont ils disposent. Avec une dur√©e de vie utile pr√©vue de plus de 50 ans, il explorera l’ensemble des 13,8 milliards d’ann√©es de l’histoire de l’Univers, ce qui donnera lieu √† de nombreuses d√©couvertes passionnantes.

Et les retombées des technologies en cours de développement ont un énorme potentiel commercial, avec des avantages tangibles pour la reprise économique.

L’une des raisons pour lesquelles les gouvernements financent la recherche sur l’√©tude de l’Univers est que l’astronomie pousse la technologie √† ses limites, qu’il s’agisse de r√©cepteurs radio √† faible bruit, de syst√®mes complexes de gestion des donn√©es ou d’algorithmes informatiques sophistiqu√©s. Le Wifi, par exemple, a vu le jour dans la radioastronomie australienne il y a un quart de si√®cle.

Plus imm√©diatement, la construction du SKA offre des opportunit√©s importantes pour les entreprises locales. La composante basse fr√©quence du t√©lescope sera construite √† l’observatoire radioastronomique de Murchison, dans le pays √©loign√© de Wajarri Yamatji, en Australie occidentale, l’un des endroits les plus silencieux de la Terre.

Le projet a jusqu’√† pr√©sent b√©n√©fici√© d’un financement de 330 millions de dollars des gouvernements australien et australien occidental pour la mise en place de l’observatoire et la construction d’instruments de recherche.

Et plus largement, les installations ¬ę¬†scientifiques de grande envergure¬†¬Ľ comme le SKA n√©cessitent des partenariats internationaux solides, la collaboration entre les 14 √Čtats membres du projet repr√©sentant un autre r√©sultat positif. Avec l’Afrique du Sud, o√Ļ sera situ√©e la composante moyenne fr√©quence du t√©lescope, l’Australie peut s’attendre √† ce que son statut scientifique soit encore am√©lior√© en tant que pays h√īte du SKA.

Une science inspirante

Bien que les retomb√©es technologiques soient un r√©sultat important de la recherche astronomique, c’est la pure curiosit√© qui en est le moteur ultime. Nous sommes une esp√®ce curieuse, et la qu√™te de savoir est ce qui motive les chercheurs.

Mais elle nous inspire √©galement par la beaut√© stup√©fiante de l’univers et l’attrait de la compr√©hension scientifique. Pour les jeunes en particulier, cela peut les pr√©parer aux emplois de l’avenir, en fa√ßonnant une √©conomie de la connaissance.